samedi, 06 octobre 2007

Taper sur les clous qui dépassent

1a521ab82a1aadc3b55d48b62d362ed0.jpgCe n'est pas de bricolage dont je veux parler avec ce titre, bien que quelquefois c'est aussi mon actualité.(les travaux de gouttières se passent bien, Karine;-)

Les clous en question sont les journalistes du monde entier,  et dans l'article , il s'agit de l'Egypte. Ces clous qui dépassent on les trouve aussi au Maroc: Tel Quel,Nichane... et dans tous les pays émergents où la liberté de la presse n'est pas inscrite noir sur blanc dans la constitution.Rapporter des faits avérés, poser des questions qui fâchent, émettre des hypothèses, informer quoi, voilà pourtant la raison d'existence à mon sens des journalistes.

Le droit de réponse, les débats, les forums sur le net sont aussi là pour contrebalancer certains écrits. C'est comme cela que l'homme libre peut se forger une opinion et avancer.

Les crimes dont sont accusés ces journalistes égyptiens sont les suivants:

     -avoir « gravement nui à la stabilité et à l’image du pays» en rapportant les rumeurs concernant la mort supposée du président Moubarak cet été

     -avoir diffamé le Parti national démocrate au pouvoir

     -avoir reproduit une déclaration du ministre de la Justice, critique envers les magistrats

Les peines prononcées vont jusqu'à 2 ans de prison ferme.

Ce dimanche 18 quotidiens ont décidés de ne pas paraître en signe de protestation, l'Egypte, comme le Maroc connaissent les soubresauts menant à la démocratie.  

 

mercredi, 12 septembre 2007

Mostapha Hurmatallah libéré

Le journaliste Mostapha Hurmatallah libéré en attendant le verdict de son procès

 

Source de l'article: http://fr.allafrica.com/stories/200709120377.html

Reporters sans frontières se réjouit de la décision de la cour d'appel de Casablanca d'accepter, le 11 septembre 2007, la demande de mise en liberté provisoire du journaliste d'"Al Watan Al An", Mostapha Hurmatallah.

"Nous nous félicitons que le juge ait enfin accepté de mettre un terme à l'emprisonnement d'un journaliste, une situation qui était inacceptable. Nous espérons maintenant que Mostapha Hurmatallah sera acquitté en appel, c'est la seule issue honorable à ce procès qui a déjà considérablement nui à la situation de la liberté de la presse au Maroc et qui a laissé des traces au sein de la profession", a déclaré Reporters sans frontières.


Lors de la première audience du procès en appel, qui s'est tenue le 11 septembre 2007 à Casablanca, les quatre avocats de la défense se sont succédés à la barre. Ils ont souligné que l'accusation de "recel" ne s'appliquait pas aux deux journalistes, les documents ayant été déjà publiés. Ils ont également rejeté les accusations d'"atteinte à la sécurité de l'État", en insistant sur la seule volonté des deux journalistes de porter à la connaissance de la population marocaine toutes les informations ayant trait à sa sécurité. "La presse ne cache rien, elle révèle tout", a déclaré l'un des avocats lors de l'audience.

Ils ont achevé leur plaidoirie en demandant au juge, une nouvelle fois, la libération du journaliste, arguant que M. Hurmatallah, marié et père d'un enfant, devait être présent aux côtés de sa famille pour le "mois sacré du Ramadan". La requête a été acceptée par le juge.

Mostapha Hurmatallah était incarcéré depuis le 17 juillet, date à laquelle lui et son rédacteur en chef, Abderrahim Ariri, avaient été interpellés, après la publication d'un dossier intitulé "Les rapports secrets derrière l'état d'alerte au Maroc".

Poursuivis pour "recel de documents obtenus à l'aide d'un crime" (art. 571 du code pénal), ils avaient été respectivement condamnés, le 15 août, à huit mois de prison ferme et six mois de prison avec sursis par le tribunal de première instance de Casablanca.

Le verdict du procès en appel sera rendu le 18 septembre.

Je suis toujours à l'écoute de ce Maroc que j'aime, surtout quand il s'agit du droit à la parole, si sacré dans la tradition poplaire. Je dis bravo à ces Hurmatallah, Benchemsi, Bougrine, ils sont là pour ouvrir la voie aux générations futures. C'est à partir de leur combat que le Maroc de demain pourra se battre d'égal à égal avec les autres pays. Le jour où ce pays se libèrera de ses carcans, il sera en mesure d'affronter et de trouver une meilleure place dans le concert des nations émergentes."

 

 

mercredi, 24 janvier 2007

Affaire Nichane

medium_image1_maroc_253.gifJe me permets de copier et de diffuser cet article de Ahmed R. Benchemsi; Directeur général de Nichane et du groupe TelQuel. Je suis en phase avec ce qu'il écrit et je leur renouvelle mon soutien.

Cet article est sur le blog de Sanaa, auteur de l'article qui a déclenché, l'affaire Nichane. En fin d'article il y a un lien pour ceux qui n'ont pas suivi...

 

 

Il n'y a que ceux qui rampent qui ne trébuchent pas.

(proverbe chinois)

 

Affaire Nichane. Pourquoi nous nous arrêtons là

Par Ahmed R. Benchemsi,

Directeur général de Nichane et du groupe TelQuel

 

 

 

Et voilà. Le 15 janvier, la justice a dit son mot. Driss Ksikes et Sanaa El Aji, respectivement directeur de la publication et journaliste de Nichane, ont été condamnés à trois ans de prison avec sursis et 80 000 DH d'amende chacun. Quant au magazine Nichane lui-même, il a été interdit de parution pour une période de deux mois, à compter de l'énoncé du verdict. Nous respectons cette décision de justice, mais nous avons quand même le droit de la commenter. Qu'en dire ? Que Driss, Sanaa et Nichane méritaient cette peine ? Certainement pas. De la prison (même avec sursis) et une interdiction de parution (même temporaire), c'est lourd, très lourd, quand le seul “crime” consiste à avoir rapporté des blagues.

D'un autre côté, ce n'est pas pour rien que notre credo éditorial, à TelQuel autant qu'à Nichane, est “le Maroc tel qu'il est”. Et le Maroc tel qu'il est, c'est notamment un pays dont le Code de la presse, archaïque et liberticide, prévoit des peines de prison ferme et des interdictions définitives quand on est condamné pour “atteinte aux sacralités”. Nous avions plaidé innocent, la Cour a estimé que nous étions coupables. Soit. Mais grâce à Dieu, le juge n'a pas suivi toutes les requêtes du ministère public : il n'y a pas eu de prison ferme, et l'interdiction n'a été que temporaire. Quant à l'interdiction d'exercer le journalisme pour Driss et Sanaa (requise aussi par le procureur), elle a été expressément rejetée. Dans une logique strictement légale, le juge, puisque convaincu de notre culpabilité, a émis un verdict “clément”. Et dans une logique politique, ce verdict était “équilibré”. D'une part, il a “contenté” les islamistes et les conservateurs, parce que le “crime” de Nichane (c'est ainsi que certains l'ont qualifié !) n'est pas resté impuni. D'autre part, il a “contenté” les journalistes et tous les épris de liberté, parce que le pire (la prison ferme et/ou l'interdiction définitive) a été évité. Et nous, sommes-nous “contents” ? Non, pas du tout. Nous sommes à la fois soulagés et consternés. En fait, nous sommes perplexes. En haut lieu, nous dit-on, on estime que ce verdict a contenté tous les Marocains, parce qu'il a permis de tuer dans l'œuf une “crise nationale” qui se profilait.

 

La passion a submergé la raison, les nuances ont été balayées par l’outrance. Nous ne ferons pas appel, pour ne pas risquer de relancer cette folie collective.

Objectivement, c'est hélas la vérité : une crise se profilait, et menaçait de devenir nationale. Dès ce fatidique 20 décembre, dès la minute où le premier ministre a interdit Nichane, où son directeur et sa journaliste ont été inculpés d'“atteinte aux valeurs sacrées”, et où des religieux de toutes obédiences ont fait assaut de zèle et de suivisme pour nous clouer au pilori (le tout, longuement retransmis à la télévision), la rue s'est emparée du débat. Et comme à chaque fois que la rue s'empare d'un débat, les nuances sont balayées par la fureur et l'outrance. De journalistes qui cherchent à décrypter les ressorts de l'humour populaire, nous sommes vite devenus des “apostats qui insultent l'islam”. Nous avions beau expliquer, encore et encore, que nous n'avions pas inventé ces blagues, que nous n'endossions pas leur contenu mais uniquement les dix pages d'analyse qui les environnaient (et que personne, hélas, n'a lues), que nous ne cherchions évidemment pas à insulter l'islam, ni à offenser personne, et que si certains s'étaient sentis offensés, nous leur présentions nos plus sincères excuses… rien n'y faisait. Les menaces de mort se multipliaient et la polémique de rue devenait de plus en plus caricaturale, de plus en plus dangereuse. Et elle enflait, enflait… Le verdict du 15 janvier - ou du moins, sa lecture politique - a “dégonflé” la crise en donnant des motifs de satisfaction (partielle) aux raisonnables comme aux déraisonnables.

Faut-il faire appel ? Faut-il relancer le processus judiciaire, avec tous les dangers collatéraux qu'il comporte ? Pour le Pouvoir, ne soyons pas naïfs, un verdict encore plus “clément” serait politiquement inenvisageable ; et l'innocence, hors de question. Mais surtout, combien de temps encore le processus d'appel durerait-il ? La polémique risquerait de rebondir, le malentendu de s'approfondir encore plus, la crise d’enfler de nouveau… Qui sait si certains groupes extrémistes ne profiteraient pas de ce délai supplémentaire pour exploiter politiquement l'affaire, en versant encore plus d'huile sur le feu ? Jusqu'où cette folie collective pourrait-elle aller ? Nous nous sommes donc retrouvés, à Nichane, face à ce terrible dilemme : renoncer à défendre en appel notre bonne foi (dont nous restons convaincus) et donc subir en silence les lourdes condamnations prononcées en première instance… ou aller en appel, au risque d'être à l'origine (involontairement, mais qu'est-ce que cela changerait ?) d'une déflagration sociale qui échapperait au contrôle de tous. Nous avons tranché : nous ne ferons pas appel. Nous ne donnerons pas une nouvelle chance à la passion de balayer la raison. Nos droits nous sont chers, mais pas plus que la stabilité de notre pays. Parce que nous y vivons, parce que nous y travaillons, et parce que nous continuerons à y travailler. Dans deux mois en ce qui concerne Nichane, puisque la justice, hélas, en a décidé ainsi.

 

Beaucoup de pratiques sociales “islamiquement incorrectes” existent, et continueront à exister. Et nous continuerons à les rapporter, parce que c’est notre métier. Que cela plaise ou non.

Une question, évidemment, se pose. Comment allons-nous continuer à travailler ? Beaucoup ont interprété nos excuses comme une sorte de repentir global sur notre ligne éditoriale - et donc comme la promesse implicite que nous allions la changer. Une (nouvelle) clarification s'impose. Nos excuses étaient adressées à ceux qui s'étaient sentis offensés. Et elles étaient sincères, parce que nous ne voulions, sincèrement, offenser personne. à la limite, s'il y a quelque chose à avouer (nous l'avons fait devant le juge), c'est une erreur d'appréciation. Nous ne pensions offusquer personne, nous nous sommes trompés. Dont acte, et regrets. Mais toute la société s'est-elle sentie offusquée par ces blagues, les plus inoffensives, franchement, parmi toutes celles qui circulent ? Certainement pas. Il y a d'abord une grande partie de la société, pas moins musulmane que l'autre, mais qui a une vision plus libérale de la religion. Des Marocains, sans doute la grande majorité, dont la foi est beaucoup trop profonde pour être “ébranlée” par de simples blagues. Il y a ensuite cette partie - non négligeable - de la société qui invente et colporte ces mêmes blagues, sans pour autant cesser d'être musulmane. Simplement parce que l'humour et l'autodérision ont toujours existé, de tout temps et sur tous les sujets, et qu'ils restent d'indispensables soupapes de décompression du corps social. C'est justement ce qu'expliquait notre article. Procès ou pas, verdict sévère ou pas, cette réalité sociale existe, et continuera à exister.

Beaucoup d'autres réalités sociales qui ne plaisent pas aux islamistes existent, et continueront à exister. Et nous continuerons à les rapporter, parce que c'est notre métier. Que cela plaise ou non. Nous continuerons aussi, dans nos chroniques et éditoriaux, à défendre les valeurs de liberté, de modernité et d'ouverture. Que cela plaise ou non. Chacun défend ses convictions, et les convictions des uns contredisent les convictions des autres. C'est ainsi que fonctionnent les démocraties, et ne pas accepter les débats contradictoires, c'est ne pas accepter la démocratie. Que ceux qui ne sont pas d'accord avec nous nous répondent, ça aussi, ça fait partie du débat démocratique. Mais qu'ils nous accusent d'“attaquer” ou d'“insulter” l'islam, à chaque fois que nous dévoilons ou que nous nous interrogeons sur une pratique sociale qu'ils jugent “islamiquement incorrecte” (mais qui n'en existe pas moins), ça, ça ne relève pas de la démocratie. Ça relève de la pression politique et du “takfirisme” (à peine) détourné. Autrement dit de la menace, de l'incitation à la haine, voire à pire. Nous ne l'accepterons jamais.

Il nous reste à remercier chaleureusement tous ceux, et ils sont très nombreux, au Maroc comme à l'étranger, dans le monde musulman comme en Occident, qui nous ont compris et défendus : confrères, instances et organisations professionnelles, défenseurs des droits de l'homme, intellectuels, politiciens et, surtout, lectrices et lecteurs, par milliers. Ils sont, vous êtes notre capital le plus précieux. L'équipe de Nichane vous donne rendez-vous le 17 mars - et d'ici là, TelQuel lui ouvrira largement ses colonnes. Restez-nous fidèles. Vous êtes notre raison d'exister, et c'est pour vous que nous continuerons à nous battre.

 

 

PS: Pour ceux qui n'ont pas suivi, voici ce qui s'est passé: http://www.telquel-online.com/253/maroc1_253.shtml